Parfois, certaines idées surgissent d’un coup, concepts clés en main prêts à écrire. C’est ce qui s’est passé en novembre 2012, lorsqu’en à peine dix secondes, j’ai vu toute la vie de mon personnage défiler sous mes yeux ; c’est un peu comme se prendre la lunette de chiottes de la station MIR en pleine poire, alors qu’on traversait gentiment la rue (toute allusion à Dead like me serait parfaitement volontaire).
Rembobinons le film. Retour vers le passé, destination 2012.
Cette nuit-là, en proie à l’ennui, je traînais sur Facebook lorsqu’est apparue une vidéo sur mon mur : « Taureau torturé ». Ni une, ni deux, j’ai cliqué sur le lien en me demandant ce que c’était que ça ; jamais la notion d’« enfer sur Terre » n’aura été aussi vive qu’en cet instant…
J’avais devant les yeux un taureau étendu sur du sable, cadré jusqu’à l’encolure. Il râlait, haletait, comme s’il cherchait de l’air. Soudain, une paire de mollets gainée de collants mauves est entrée dans le champ, est passée derrière lui, puis, une main armée d’un poignard l’a frappé à la nuque. Encore.
Et encore.
Et encore.
Le bovin a redressé le nez, puis hurlé à la mort, les yeux exorbités de douleur et de terreur. En s’ouvrant, sa gueule a déversé un flot de sang, et sa langue a frôlé le sable.
J’en restais bouche bée. Je refusais d’y croire. On ne peut pas vouloir faire ça à un animal, pas sans avoir un flingue sur la tempe. C’était impossible !
Alors, j’ai compris ce dont il s’agissait vraiment : d’une corrida. J’apprendrai par la suite que dans ces « spectacles », on achève les taureaux de cette manière (ou du moins, on essaye…), en sectionnant le bulbe rachidien afin de provoquer une paralysie générale, et que ça porte un nom : l’apuntillado. J’avais vu une corrida, enfant, j’en avais gardé un souvenir exécrable. Je ne me souvenais pas de ce moment, car pendant qu’ils s’acharnaient sur le taureau, j’avais les yeux braqués sur le matador qui paradait fièrement sous les applaudissements…
Ma stupeur a laissé place à une crise de tremblements ; la rage s’en est mêlée très vite, elle est montée, montée… Lorsqu’elle est devenue ingérable, un personnage m’est apparu, ainsi que toute sa vie, et une subite envie d’écrire m’aura permis de canaliser tout ça.
Bruno García était né.
Une réflexion sur “Genèse du roman, ou comment se retrouver à écrire sur la corrida”