Belle Époque, par Tata Nexua

Tata Nexua, autrice et booktubeuse, nous fait le plaisir d’un retour sur l’anthologie.

Son avis est disponible ici

Sixième nouvelle : Ma belle époque, Alex Mauri

Aaaaah une nouvelle en épistolaire, c’est original !

Je me suis doutée rapidement du sujet au regard du dossier juste avant, passons sur l’aspect un peu prévisible car la chute, elle, ne l’est pas trop. Bon Victor, voilà quoi c’est un sauveur qui cache bien son jeu. Ne spoilons pas tout !

Louise était rejetée, Louis a trouvé sa place. De nombreux thèmes sont brassés en peu de temps, de la femme à barbe en passant par l’immortalité ou juste la « famille ». « Cher Père, Chère Mère, assistez au spectacle ! »

J’ai bien aimé la forme, la chute, le rythme très soutenu du début à la fin. J’ai moins aimé, forcément, l’absence d’action et de grandes descriptions. Très bien dans l’ensemble.

Si tu écris, tu peux aussi regarder ses chouettes vidéos éducatives :

Encore un grand merci, Tata !

Un roman est fait d’influences

Aujourd’hui, Public, on va parler influences plus ou moins conscientes, de celles qui font qu’Alegría est devenu ce qu’il est.

Comme tu dois t’en douter, sauf à vivre dans une grotte, on est tous imprégnés de qu’on voit, lit ou entend. Ce roman n’échappe pas à la règle. On va donc faire le tour de ces références.

1/ L’homme qui murmurait à l’oreille des chevaux.

Aucun rapport avec la corrida, a priori (hormis les chevaux) ?

Le roman s’ouvre sur un rêve très similaire.

2/ Graine de toreros, Rodilhan, 2011

Pour Bruno, c’est là où tout bascule. Tu l’auras compris, j’ai fait une reconstitution de cet événement qui restera dans les mémoires.

3/ Eugene Victor Tooms

Parce que les références de Bruno sont aussi les miennes. Voilà à quel personnage il songe en étant au plus mal.

4/ Le loup-garou de Londres

Une des plus belles métamorphoses du cinéma. J’ai mal pour lui !

5/ La peau sur les os, Stephen King

Je m’en serai rendu compte bien après l’écriture du premier jet. Le concept est similaire, mais la ressemblance s’arrête là.

Voilà, Public, tu sais tout. Je t’en aurais bien donné plus, mais ce serait prendre le risque de spoiler le roman.

On va donc rester sur ces quelques références.

Alegría, interview par Livr’S Éditions

Initialement publié dans la newsletter de février, je republie ce portrait sur mon blog. Bonne lecture !

Présente ton parcours littéraire en quelques mots

Salut ! Alors moi, c’est Alex Mauri, auteur de ce qu’un ami appelle « horreur sociale ». Ce terme générique englobe autant des textes horrifiques, voire gores, que l’horreur ordinaire portée par un personnage encarté au KKK, par exemple. Mes genres de prédilection sont le fantastique et l’anticipation plus ou moins courte (on me dit dans l’oreillette, d’une voix patiente, que c’est le principe de l’anticipation. Bon. T’as pigé l’idée profonde.).
J’ai longtemps écrit pour moi, tout en dévorant ce qui ressemblait à un livre (même le dictionnaire). Quand on me demandait si je voulais devenir écrivain, j’éclatais de rire. Quelle idée… J’ai continué à gratter du papier dans mon coin. Trois romans de jeunesse, figés à jamais à l’état de premiers jets, à l’orthographe à peine revue. Je croyais que corriger un texte se cantonnait à ça. Ma vision des corrections était très scolaire… J’ai balancé mon premier-né à la poubelle parce qu’un pote insistait pour le voir. Quand j’y repense, je me dis qu’il ne faudrait surtout pas que je devienne parent… En ce qui concerne les deux autres, impossible de remettre la main dessus. Ils doivent l’avoir rejoint dans l’au-delà des textes sacrifiés. J’espère que là où ils se trouvent, ils sont heureux.
Plus tard, j’ai découvert le monde merveilleux de la bêta-relecture. Ҫa pique fort la première fois. Mais c’est bon ! J’ai appris, bien plus qu’avec mes romans morts. Lorsque mon niveau de masochisme a atteint son meilleur, l’envie de publier m’est venue.
Alegría est donc mon quatrième roman, en réalité. J’ai aussi publié des nouvelles. Tu trouveras mes méfaits aux éditions Arkuiris et aux éditions Luciférines.


 Alegría, c’est quoi, et ça s’adresse à qui ?

Alegría est un thriller psychologique teinté de fantastique « à l’américaine » (la référence du genre étant Stephen King). On peut aussi le voir comme un conte moderne dans le sens où le protagoniste, aficionado et fier de l’être, est frappé d’une malédiction le changeant en taureau de corrida. Pas de bol…
Ce roman est donc une charge contre la corrida. Cependant, je tiens à clarifier les choses. Son horreur a toujours été le sujet de ce roman et le restera. Le texte n’est pas une attaque ad hominem contre les taurins. Ce serait se tromper de combat. Quand la corrida tombera, il n’y aura plus personne pour payer pour ça. Problème réglé… Si tu veux un texte-défouloir gratuit à souhait, passe ton chemin et va dégommer des épouvantails à coups de pelle. Tu auras ta dose de monstres. On n’est pas là pour se délecter du sort de Bruno-qui-l-a-bien-mérité, mais pour comprendre à quel point ce qui lui arrive est ignoble. À titre personnel, je suis abolitionniste convaincu, pas militant anti-corridas…
Alegría s’adresse avant tout à des gens comme moi, qui n’y connaissent rien au départ mais que le sujet interpelle. Ne prenant pas de gants, je destine mon texte aux adultes avertis. Les violences verbales, physiques et sexuelles envers les opposants sont monnaie courante dans ce milieu, alors, j’en parle… Cependant, les promoteurs de la corrida organisant des campagnes de séduction ciblant adolescents et (très) jeunes enfants, m’est avis que ce livre peut aussi être lu par des mineurs. À condition qu’ils ne soient pas abandonnés à leur lecture… Le héros passe un certain temps « à poils », mais tu ne trouveras ni érotisme ni pornographie.



Pourquoi ce thème te tient-il à cœur?


Cherche des vidéos de corridas tournées par des militants infiltrés aux arènes, tu vas vite comprendre ! Thierry Hély a réalisé un reportage, « Juste pour le plaisir ». Très instructif !
Plus concrètement…
J’ai vu une corrida télévisée quand j’étais gosse. J’en gardais un souvenir exécrable. Mais l’esthétisation et le choix des plans aidant, ça ne m’avait pas paru atroce. Je me disais : « c’est vraiment dommage qu’on lui plante une épée dans le dos, à la fin. Pauvre bête ! ». Et puis, le matador a le don de détourner ton attention au pire moment : lors de l’apuntillado, ou coup de grâce du taureau (bien qu’il soit encore vivant après tout ça). À cette époque, je croyais que seule l’estocade était problématique.
Les années ont passé, jusqu’à ce que je tombe sur une vidéo d’apuntillado. Un type dont on ne voyait que les jambes et les mains lardait la nuque d’un taureau à coups de poignard jusqu’à lui faire vomir son sang. Ce poignard, le puntillero l’a ensuite essuyé sur l’encolure du taureau ! Je n’en croyais pas mes yeux. Comment peut-on vouloir faire ça à une bête ? Le choc fut hyper rude ! J’ai eu une montée de rage. Quand elle a atteint son paroxysme, l’histoire a poppé dans ma tête. Chose assez rare, elle était entière ! J’ai ressenti un besoin viscéral d’écrire sur ce que je venais de voir, de peaufiner tout ça, puis de chercher un éditeur assez courageux pour le publier. Ma rage ne m’aura pas quitté durant ces 9 ans de quête acharnée.

Y a-t-il d’autres thèmes qui te tiennent à cœur et que tu aimes ou
aimerais défendre dans tes romans ?

J’ai écrit sur une autrice montante, atteinte du syndrome d’Ehlers-Danlos, qui sollicite sa sœur jumelle pour jouer les doublures en salons. Afin que personne ne soit au courant de son handicap.
J’ai écrit sur un adolescent transgenre (perçu femme par la société) et intersexe, jeté à la rue par ses géniteurs intersexophobes. Il joue les monstres-chanteurs dans un cirque de freaks pour survivre.
J’ai écrit sur une mère, une mumstagram, que la misère a fait exhiber sur Instagram la dépouille de sa petite fille en échange de sponsors et d’argent.
La corrida s’ajoute à mon arc.
Pour les chantiers suivants, j’ai des idées de thèmes divers et variés comme le Titanic, les vaches-hublots (tu vas croire que je fais une fixette sur les bovins. Pas du tout. C’est juste que mon idée est sacrément tordue, et j’adore ça), les zombies, la thanatopraxie… Que des thèmes joyeux (j’en planque d’autres pour garder un semblant de mystère) ! Quand ça ira mieux, je pondrai un feel-good.
J’aimerais aussi réhabiliter les courgettes. C’est bon, les courgettes, surtout en velouté. Ҫa ravira Cindy Van Wilder.


 Le mot de la fin ?


Si tu en es au Mot de la fin, Lecteur, Lectrice,c’est quetu trouves que je dis des trucs pas mal.Je te remercie de penser que je dis des trucs pas mal. Je te souhaite d’aimer ce roman, qu’il t’émeuve et te chamboule autant qu’il m’a remué à l’écriture (j’aurais dû investir chez Kleenex).  Je ne te souhaite pas d’enrager autant que moi, sinon, mon roman va rencontrer ton mur, ce qui abîmerait sa somptueuse couverture (signée Aurélien Police).
Ne jette pas mon roman contre le mur, s’il te plaît. En plus, ce serait bruyant. Il faut penser aux voisins.
En revanche, tu peux le balancer au matador. Tu sauveras des fleurs.

[Retour sur le live]

J’ignore si tu le sais, Public, mais Amélie Nothomb est présidente d’honneur du CRAC Europe, une association anti-corridas historique que je mets en scène dans mon roman.

https://www.anticorrida.com/actu/amelie-nothomb-accede-a-la-presidence-dhonneur-du-crac-europe-2/

Connaissant ses engagements en tant que fan de sa plume, l’idée m’est venue de lui envoyer Alegría. Amélie Nothomb l’a lu et l’a beaucoup apprécié. Elle m’a écrit pour me faire part de son ressenti.
Si ce n’est pas génial !

Merci encore à Amélie Nothomb pour ce moment fort en émotion.

Quand Amélie Nothomb lit ton roman

Parfois, il se passe des choses incroyables dans ta vie, comme voir ton roman lu par l’immense Amélie Nothomb. Quand cette même Amélie Nothomb fait partie de ton panthéon personnel, c’est encore plus énorme.

J’ignore si tu le sais, Public, mais Amélie Nothomb est présidente d’honneur du CRAC Europe, une association anti-corridas historique que je mets en scène dans mon roman.

https://www.anticorrida.com/actu/amelie-nothomb-accede-a-la-presidence-dhonneur-du-crac-europe-2/

Connaissant ses engagements en tant que fan de sa plume, l’idée m’est venue de lui envoyer Alegría. Amélie Nothomb l’a lu et l’a beaucoup apprécié. Elle m’a écrit pour me faire part de son ressenti.

Si ce n’est pas génial !

Merci encore à Amélie Nothomb pour ce moment fort en émotion.

Quand tu reçois ton bon à tirer

Encore une étape dans ma vie d’auteur : le B.A.T (ou bon à tirer).

Ma mission durant ces prochaines semaines : relire le roman, traquer les imperfections qui pourraient rester, et une fois tout ça rectifié, signer le B.A.T pour donner le feu vert.

En bref, c’est la dernière ligne droite.

Et quelle ligne droite !

Sur ce, je retourne lire en musique. Et m’ouvrir une bonne bouteille.