Belle Époque, par Mélanie Desforges

Aujourd’hui, c’est Mélanie Desforges, autrice et vlogueuse, qui nous fait le plaisir d’un retour vidéo, très enthousiaste, sur l’anthologie.

Tu peux admirer sa performance sur sa chaîne YouTube :  



Encore un grand merci, Mélanie !

Alegría, chapitre 7

Des huées et des sifflets éclatent contre les antis, qui agitent leurs saloperies de banderoles. On peut y lire, noir sur blanc :
ICI ON TORTURE ET ON APPLAUDIT
VOUS VOULEZ LA PAIX, ARRÊTEZ DE TUER
CULTURE ASSASSINE, L’ÉTAT COMPLICE
TUER AVEC RESPECT, C’EST COMME VIOLER AVEC AMOUR
J’échange un regard outré avec mes amis. Puis on se lève, imités par le public. Voilà plus de trente ans qu’on assiste à des corridas. C’est la première fois qu’on voit une prise d’otages ailleurs que sur Internet ! Le même scénario se répète. Ces guignols ont tombé le masque et bientôt, ils squatteront la piste, histoire de bien foutre le boxon… Une ambiance de plomb s’abat sur les gradins ; la musique n’y changera rien. S’ils ne remballent pas maintenant, ça risque de méchamment péter. Ils l’auront bien cherché ! On va leur montrer ce que c’est qu’un aficionado en colère !
Sous les yeux des spectateurs impuissants, une bonne centaine de hooligans dévale les marches, puis bondit par-dessus les barrières pour se ruer au milieu de la piste. Là, ces empaffés s’enchainent les uns aux autres grâce à des antivols accrochés à la taille. Indéboulonnables. Ou du moins, le croient-ils…
— Y’en a ras l’cul de ces fachos ! enrage un homme dans mon dos.
On l’applaudit. Des fachos ! C’est parfaitement ça ! Des terroristes ! Des raclures qui retiennent des matadors dans leurs chambres d’hôtel. Qui jouissent quand l’un d’eux se fait lever par un Toro. Ils nous traitent de pervers, mais parfois, c’est à se demander s’ils ne sont pas pires que nous. N’ont-ils jamais songé à foutre le feu aux arènes ? Avec des gens dedans, c’est plus rigolo ! Je soupire. Ce qui me désole le plus dans cette histoire, c’est d’avoir payé soixante-douze balles pour voir la sécurité chier dans la colle. Que fichent les flics, bon sang !
Les spectateurs investissent maintenant les lieux. Sans hâte, ils marchent à la rencontre des antis qui s’agenouillent en cercle. Dégainent des fumigènes, puis les enflamment avant de les brandir. Une fumée rouge et âcre envahit les arènes, dissimulant parfois la piste. Poings levés, les hooligans scandent en boucle leurs slogans usés jusqu’à la corde, sourds aux tentatives de dialogue d’aficionados qui se détournent en haussant les épaules :
La torture n’est pas notre culture !
Corrida basta !
Révolution !
Sans crier gare, un taurin en costard surgit dans le dos d’un anti, qu’il gifle sur le crâne. L’agitateur tressaille, puis rentre la tête dans les épaules sans cesser de beugler. Le col blanc lève encore la main sur lui, lorsqu’une aficionada en tailleur s’interpose. Elle hurle sur notre camarade en faisant de grands gestes. Il recule à contrecœur. Cette cruche peut toujours râler, plus personne ne l’écoutera. Cette claque a sonné les hostilités. D’autres baffes pleuvent maintenant sur les hooligans, qu’on bouscule aussi à coups de pied. Bien fait pour leur gueule !
Deux mecs se trouvant devant moi s’aventurent hors de leur allée. Je les suis du regard tandis qu’ils se faufilent jusqu’aux antis des gradins ; leur arrachent les banderoles des mains ; balancent ces cochonneries en contrebas. Des téméraires se cramponnent à leurs bouts de tissus avec la force du désespoir. Ils se prennent des tartes. Les mains se lèvent pour parer les coups, qui redoublent.
Je m’intéresse à la gonzesse basanée qui rugit sur mes voisins. Elle a un tribal noir tatoué sur la p… eh, mais c’est la gitane ! Qu’est-ce qu’elle fiche ici ? Je l’observe s’agiter sans comprendre, quand tout de go, ça percute. Elle a feint de mendier pour faire diversion. Pour qu’on ne remarque pas ses complices à leur dégout de foutre les pieds dans cette arène.
Comme s’il n’y avait plus aucun espoir que les choses s’arrangent, la fanfare s’interrompt. Ne restent que des hurlements rageurs, des sifflets et le battage des hooligans.
— Occupez-vous plutôt du halal dans les abattoirs ! vocifère Manu, les yeux étincelants de colère.
Quant aux autres, tous contemplent la scène, sidérés. Y’a de quoi ! Avec les conneries des aficionadophobes, les organisateurs pourraient tout arrêter ! En espérant qu’ils remboursent les places, manquerait plus qu’ils nous arnaquent… Je m’intéresse de nouveau à la piste : la fumée s’est enfin dissipée. Les matadors, suivis par leurs cuadrillas et des flics, sont arrivés. Campés devant des manifestants, ils tentent de s’expliquer avec eux alors que trois aficionados à béret déboulent, les poings serrés.
Laurent sort de sa stupeur. Ses yeux lancent des éclairs au-dessus de ses lèvres pincées. Je le connais depuis assez longtemps pour savoir qu’il rejette toute forme de violence. Même envers ces nuisibles ? Qu’il aille donc les câliner pour les réconforter ! Il verra comment on réagit à son élan d’amour… Contrairement à lui, je ne suis pas un Bisounours. Parfois, une bonne trempe s’impose. Il est d’ailleurs temps de rappeler à ces raclures de chiottes qui domine, ici !
D’une voix rauque de colère, Laurent ordonne à Marie.
— Reste là.
Elle explose :
— Non ! J’emmène David dehors. Trop c’est trop !
Puis, elle caresse la joue de son fils qui pleure en silence.
— Allez viens, mon cœur.
Marie l’entraine vers la sortie. Bouleversées, les étudiantes à qui on avait parlé tout à l’heure suivent le mouvement. On n’avait pas menti en disant que ce serait grandiose. Ce n’était pas vraiment à ça qu’on pensait en leur promettant du spectacle, mais bon…
Laurent dévale les marches, Manu sur ses talons. Pierre hésite à descendre. Il me fixe pour deviner mes plans. J’allais rejoindre mes amis, quand je change d’avis. Cette gitane nous a roulés sur ses réelles intentions. Elle nous doit des explications, que je m’en vais chercher de ce pas. Elle a intérêt à me fournir les bonnes !
Je monte les gradins à sa rencontre. Me voyant approcher, ses potes se figent, et me toisent tandis que je me plante devant elle. La jeune femme plonge ses yeux sombres dans les miens. Je n’y lis ni peur ni inquiétude, juste de la méfiance. Quel aplomb, c’est dingue !
Je tente de garder mon calme, mais ma voix crispée me trahit.
— Qu’est-ce que tu fous, là ? À quoi tu joues ?
Elle recule sans me quitter du regard, jusqu’à toucher des fesses le muret de bois. D’un ton glacial, elle lâche :
— Tant qu’il y aura des gens pour applaudir des massacres d’animaux, on viendra leur gâcher la fête.
Encore une ignare qui, au nom de la cause animale, se croit autorisée à emmerder le monde ! Des massacres ? C’est ce qu’elle a dit ? Je ricane froidement, et la voilà qui me contourne. Ah non ! Elle ne s’en tirera pas comme ça ! Pas avant que je lui aie mis les points sur les i.
Elle s’apprête à descendre l’escalier, quand je crie :
— Hé !
Elle fait celle qui ne m’entend pas. C’est qu’elle me snobe, cette pétasse ! Je la rattrape en trois enjambées, la chope par le poignet, puis l’attire à moi. Elle me fusille du regard en tentant de se dégager, les mâchoires crispées, car je lui broie les os. Ses potes nous observent sans oser intervenir. À leurs mines inquiètes, je devine qu’ils se demandent où tout ça va la mener.
Je plante mes yeux dans ceux de la gitane en sifflant :
— T’as déjà vu une corrida ? Non, hein ? Si t’arrêtes ton bordel maintenant, on te laissera peut-être en voir une. Ça t’évitera de dire n’importe quoi.
Je la lâche. Elle ramène son bras contre elle, puis grogne :
— Hors de question ! Je ne regarderai pas une bête à moitié morte se faire trucider par six mecs armés. Six lâches !
Je balaie sa pique d’un revers de main.
— Alors, barre-toi ! Tu n’y connais rien.
Un sourire étire ses lèvres.
— Ah, parce qu’il faut voir quelque chose de ses propres yeux pour avoir un avis sur le sujet ? Assistes-tu à des viols ?
Oh putain ! Mains sur les hanches, je prends de grandes inspirations que je relâche doucement, pour me calmer. Vu mon degré de crispation, je vais péter un câble si elle me cherche encore, et c’est pas bon. Si je la défonçais, je ne m’arrêterais pas… Je relève la tête : ma colère ne baisse pas en la regardant, bien au contraire ! Je détourne les yeux sur la piste pour ne pas lui en foutre une. Je remarque une anti recroquevillée sur elle-même, le menton contre la poitrine. Elle se cramponne à son haut, délacé, qu’un taurin tente de glisser par-dessus sa tête. Il tire un grand coup, et la fille se retrouve seins nus. Elle se cache du mieux qu’elle peut avec ses mains pendant qu’il balance le vêtement au loin. Cette petite conne devra sortir du rang pour le récupérer… Juste à côté d’elle, un homme brandit le poing avec une conviction sans pareil. Le taurin abat le sien contre la tempe de cet abruti, le sonnant durement.
— Assistes-tu, oui ou non, à des viols ? me rappelle à l’ordre la gitane.
Je la fixe de nouveau et rétorque :
— T’en as d’autres, des questions connes ?
Dépitée, elle secoue la tête en pointant du doigt la foule déchainée.
— Vous ne valez pas mieux que des nazis.
Mon cœur rate un battement, puis mon sang se glace. Nazi ? Cette débile m’a traité de… nazi ? Non, ce n’est pas possible. Avec tout ce vacarme, j’ai dû mal entendre…
Je la jauge, incrédule. Mon cœur cogne de plus en plus fort dans ma poitrine. Si ça continue, je vais tomber dans les vapes. Ou vraiment péter une durite, vu la façon dont elle me mate. Cette pointe de défi au fond des yeux, confirmation de ce qu’elle vient de me balancer à la figure… C’est juste insupportable !
Mes mains se mettent à trembler, quand ma rage explose. Je la chope à la gorge en hurlant, pour la précipiter sur le muret. Elle se débat, me griffe le visage, mais peine perdue. Je vois trop rouge pour que ça m’arrête.
Je lui lance un rictus.
— Fais tes prières, tu vas en avoir besoin !
Je sens une résistance quand son cul heurte le rebord. La gitane s’y retient d’une main tandis que je la pousse vers le vide. De l’autre, elle agrippe ma chemise. Son regard affolé accroche le mien. Les larmes aux yeux, elle déglutit, incapable de crier. On s’en charge pour elle… Ses potes la saisissent par les bras et les jambes pendant que d’autres militants tentent de nous séparer. Ils peuvent forcer autant qu’ils veulent sur mes doigts. Je ne lâcherai rien !
Des mains empoignent mes épaules. La voix paniquée de Pierre emplit mes oreilles.
— Arrête ! Fais pas d’conneries !
Je me fige, pris d’une hésitation qui s’envole aussitôt. En fait, j’ai trouvé une meilleure idée. Plutôt que de la passer par-dessus bord, on va la filer en pâture à nos camarades. C’est bien plus marrant !
Je l’attrape par les cheveux et la traine vers les escaliers. Il y a comme un blanc durant lequel personne ne réagit. Puis, trois nanas se ruent au sommet des marches afin de nous bloquer. Je fonce dans le tas. La moins costaude les dévale sur le dos, pour échouer sur le palier inférieur. Choquées, ses copines se sont écartées en catastrophe. Je profite de leur stupeur pour m’engager dans l’escalier avec la gitane, qui freine des quatre fers. Je tire sur sa tignasse. Elle se résigne en gémissant. Tandis que j’enjambe l’anti que j’ai envoyée dans les pommes, la voix de Pierre grandit derrière moi. Il me parle d’un ton implorant. Sans doute me demande-t-il de me calmer ? Avec la cohue, je ne comprends rien. Il peut me dire ce qu’il veut. J’en ai rien à battre, de toute façon. Cette gonzesse mérite une bonne branlée !
Marche après marche, on se rapproche du callejón[1]. Des taurins restés à leurs places baissent le pouce vers le sol en toisant la gitane. Elle recommence à se débattre. Je lui fais traverser le couloir au pas de course. Lorsqu’on débarque sur la piste, ses hurlements attirent l’attention d’aficionados qui se détournent du pugilat pour nous observer. Je lâche les cheveux de la fille. D’une bourrade sur l’omoplate, je la précipite vers eux. Elle se rétame à leurs pieds.
— Elle est à vous ! souris-je.

[À suivre…]

Illustration de couverture : Aurélien Police


[1] Couloir de 1,50 m à 2 m de large, séparant la piste des premiers rangs, réservé à tous les professionnels de la corrida.

Alegría

Éditeur : Livr’S
Date de sortie : 15.05.2021 (FR), 1.06.2021 (BELG.). Précommandes : du 1er au 30 avril
Illustration de couverture : Aurélien Police


Résumé : « ICI ON TORTURE ET ON APPLAUDIT »

Bruno n’en croit pas ses yeux. Cette corrida s’annonce grandiose. C’est sans compter sur les antis qui s’incrustent à la fête, eux et leurs fichues banderoles… Mais les aficionados ne leur laisseront rien passer, foi de Bruno !
Parmi les opposants se trouve une gitane, sur qui Bruno lève la main. Personne ne le traitera de nazi, encore moins cette ignare d’animaliste !
Et s’il s’en est pris à la mauvaise personne ? Il le réalise trop tard, quand son corps se couvre d’une étrange fourrure noire.

Fuir ? Mourir ?

Mais Bruno a-t-il encore le choix ?

Alegría, par PatPolar

Aujourd’hui, c’est PatPolar qui me fait le plaisir d’un premier retour sur le roman.

Son avis est disponible ici : https://patpolar48361071.wordpress.com/2021/03/22/alegria-dalex-mauri/

J’ai beaucoup aimé ce roman de combat et je le recommande chaleureusement, même si c’est une lecture très dure par moment, notamment dans les descriptions des souffrances infligées aux taureaux, devenus des « chairs à divertissement » comme le dit l’auteur.

Encore un grand merci, PatPolar !

Je soutiens, tu soutiens, il/elle soutient

Aujourd’hui, Public, on va rendre à César ce qui est à César. Lorsqu’on écrit un livre, des gens nous soutiennent parfois à leur façon. On va donc faire le tour des personnes et associations le faisant pour moi. [Cette liste n’est pas exhaustive, elle s’enrichira au fil du temps.]


Artistes

Amélie Nothomb

Ma première lectrice, hors relecteurs et Team Livr’S. Pour l’autrice, mon roman « est une réussite complète ».

Cindy Van Wilder


Auteurice et soutien de la première heure, fervent.e opposant.e à la corrida, Cindy m’apporte désormais son appui. Et comme ses romans font partie de mes lectures de chevet, je t’encourage à les découvrir, ici


Maritza Jaillet, aka TataNexua

Autrice, sensible à la cause animale, TataNexua est l’un de mes plus fervents soutiens. Elle donne aussi de très brillants conseils d’écriture, que tu peux retrouver ici : https://www.youtube.com/watch?v=lUxH-XWZ6E4

Pour la lire, ça se passe ici : https://www.amazon.fr/Maritza-Jaillet/e/B07NC8RN62%3Fref=dbs_a_mng_rwt_scns_share

Sophie Lim

Autrice de romances inspirées des shojos et des otome games, Sophie est aussi sensible aux animaux et à leur sort. Ainsi, elle soutient haut et fort Alegría. Elle distille également des conseils d’écriture sur son site officiel : https://www.sophielimromans.com/

Associations/ Médias

Cazarrata

Association anticorrida fort sympathique, font énormément de pédagogie. Ils relaient la promotion du roman. Tu peux les trouver là 

Alliance Anticorrida

Association historique formée à Nîmes, en 1994, l’Alliance Anticorrida est représentée par Claire Starozinski.


Source image : France Bleu Lozère

Parmi leurs victoires figurent : le désengagement de Pernod Ricard de toute activité liée à la corrida (2020). La condamnation d’un opérateur de l’abattoir du Vigan (Gard) pour actes de cruauté (2017). L’arrêt de la publicité pro-corrida par des entreprises (Intersport, Crédit Agricole, Lee Cooper, McDonald’s, Afflelou, Yves Rocher, Interflora, Frank Provost, Véolia, Danone, Zippo, Société Générale, Crédit Mutuel, Larousse, Pepsico, Kinépolis, la Foir’Fouille, Géant, Carrefour, Aldi, Intermarché, Castorama, Leader Price, IKEA, Puy du Fou, Cora, Pernod Ricard…). Ou encore, la mise en garde à vue du torero Andy Cartagena (1996).

L’Alliance Anticorrida m’apporte désormais son soutien en conseillant la lecture de mon roman.

Tu peux les soutenir par un don, ici :  https://allianceanticorrida.fr/boutique.html

Tu peux aussi signer leurs pétitions quant à l’abolition des corridas et l’interdiction des corridas aux mineurs : https://allianceanticorrida.fr/actions/petitions-assemblee-nationale-alliance-anti-corrida.php

Lilylit

Ah, Lily… C’est une longue histoire. Soutien indéfectible depuis de nombreuses années, elle est aussi devenue ma bêta-relectrice. Quand on ne se lit pas, on se fait des battles de loutres.
Tu peux découvrir son blog ici : https://lilylit.wordpress.com/

Belle Époque, par Tata Nexua

Tata Nexua, autrice et booktubeuse, nous fait le plaisir d’un retour sur l’anthologie.

Son avis est disponible ici

Sixième nouvelle : Ma belle époque, Alex Mauri

Aaaaah une nouvelle en épistolaire, c’est original !

Je me suis doutée rapidement du sujet au regard du dossier juste avant, passons sur l’aspect un peu prévisible car la chute, elle, ne l’est pas trop. Bon Victor, voilà quoi c’est un sauveur qui cache bien son jeu. Ne spoilons pas tout !

Louise était rejetée, Louis a trouvé sa place. De nombreux thèmes sont brassés en peu de temps, de la femme à barbe en passant par l’immortalité ou juste la « famille ». « Cher Père, Chère Mère, assistez au spectacle ! »

J’ai bien aimé la forme, la chute, le rythme très soutenu du début à la fin. J’ai moins aimé, forcément, l’absence d’action et de grandes descriptions. Très bien dans l’ensemble.

Si tu écris, tu peux aussi regarder ses chouettes vidéos éducatives :

Encore un grand merci, Tata !

Un roman est fait d’influences

Aujourd’hui, Public, on va parler influences plus ou moins conscientes, de celles qui font qu’Alegría est devenu ce qu’il est.

Comme tu dois t’en douter, sauf à vivre dans une grotte, on est tous imprégnés de qu’on voit, lit ou entend. Ce roman n’échappe pas à la règle. On va donc faire le tour de ces références.

1/ L’homme qui murmurait à l’oreille des chevaux.

Aucun rapport avec la corrida, a priori (hormis les chevaux) ?

Le roman s’ouvre sur un rêve très similaire.

2/ Graine de toreros, Rodilhan, 2011

Pour Bruno, c’est là où tout bascule. Tu l’auras compris, j’ai fait une reconstitution de cet événement qui restera dans les mémoires.

3/ Eugene Victor Tooms

Parce que les références de Bruno sont aussi les miennes. Voilà à quel personnage il songe en étant au plus mal.

4/ Le loup-garou de Londres

Une des plus belles métamorphoses du cinéma. J’ai mal pour lui !

5/ La peau sur les os, Stephen King

Je m’en serai rendu compte bien après l’écriture du premier jet. Le concept est similaire, mais la ressemblance s’arrête là.

Voilà, Public, tu sais tout. Je t’en aurais bien donné plus, mais ce serait prendre le risque de spoiler le roman.

On va donc rester sur ces quelques références.

Alegría, interview par Livr’S Éditions

Initialement publié dans la newsletter de février, je republie ce portrait sur mon blog. Bonne lecture !

Présente ton parcours littéraire en quelques mots

Salut ! Alors moi, c’est Alex Mauri, auteur de ce qu’un ami appelle « horreur sociale ». Ce terme générique englobe autant des textes horrifiques, voire gores, que l’horreur ordinaire portée par un personnage encarté au KKK, par exemple. Mes genres de prédilection sont le fantastique et l’anticipation plus ou moins courte (on me dit dans l’oreillette, d’une voix patiente, que c’est le principe de l’anticipation. Bon. T’as pigé l’idée profonde.).
J’ai longtemps écrit pour moi, tout en dévorant ce qui ressemblait à un livre (même le dictionnaire). Quand on me demandait si je voulais devenir écrivain, j’éclatais de rire. Quelle idée… J’ai continué à gratter du papier dans mon coin. Trois romans de jeunesse, figés à jamais à l’état de premiers jets, à l’orthographe à peine revue. Je croyais que corriger un texte se cantonnait à ça. Ma vision des corrections était très scolaire… J’ai balancé mon premier-né à la poubelle parce qu’un pote insistait pour le voir. Quand j’y repense, je me dis qu’il ne faudrait surtout pas que je devienne parent… En ce qui concerne les deux autres, impossible de remettre la main dessus. Ils doivent l’avoir rejoint dans l’au-delà des textes sacrifiés. J’espère que là où ils se trouvent, ils sont heureux.
Plus tard, j’ai découvert le monde merveilleux de la bêta-relecture. Ҫa pique fort la première fois. Mais c’est bon ! J’ai appris, bien plus qu’avec mes romans morts. Lorsque mon niveau de masochisme a atteint son meilleur, l’envie de publier m’est venue.
Alegría est donc mon quatrième roman, en réalité. J’ai aussi publié des nouvelles. Tu trouveras mes méfaits aux éditions Arkuiris et aux éditions Luciférines.


 Alegría, c’est quoi, et ça s’adresse à qui ?

Alegría est un thriller psychologique teinté de fantastique « à l’américaine » (la référence du genre étant Stephen King). On peut aussi le voir comme un conte moderne dans le sens où le protagoniste, aficionado et fier de l’être, est frappé d’une malédiction le changeant en taureau de corrida. Pas de bol…
Ce roman est donc une charge contre la corrida. Cependant, je tiens à clarifier les choses. Son horreur a toujours été le sujet de ce roman et le restera. Le texte n’est pas une attaque ad hominem contre les taurins. Ce serait se tromper de combat. Quand la corrida tombera, il n’y aura plus personne pour payer pour ça. Problème réglé… Si tu veux un texte-défouloir gratuit à souhait, passe ton chemin et va dégommer des épouvantails à coups de pelle. Tu auras ta dose de monstres. On n’est pas là pour se délecter du sort de Bruno-qui-l-a-bien-mérité, mais pour comprendre à quel point ce qui lui arrive est ignoble. À titre personnel, je suis abolitionniste convaincu, pas militant anti-corridas…
Alegría s’adresse avant tout à des gens comme moi, qui n’y connaissent rien au départ mais que le sujet interpelle. Ne prenant pas de gants, je destine mon texte aux adultes avertis. Les violences verbales, physiques et sexuelles envers les opposants sont monnaie courante dans ce milieu, alors, j’en parle… Cependant, les promoteurs de la corrida organisant des campagnes de séduction ciblant adolescents et (très) jeunes enfants, m’est avis que ce livre peut aussi être lu par des mineurs. À condition qu’ils ne soient pas abandonnés à leur lecture… Le héros passe un certain temps « à poils », mais tu ne trouveras ni érotisme ni pornographie.



Pourquoi ce thème te tient-il à cœur?


Cherche des vidéos de corridas tournées par des militants infiltrés aux arènes, tu vas vite comprendre ! Thierry Hély a réalisé un reportage, « Juste pour le plaisir ». Très instructif !
Plus concrètement…
J’ai vu une corrida télévisée quand j’étais gosse. J’en gardais un souvenir exécrable. Mais l’esthétisation et le choix des plans aidant, ça ne m’avait pas paru atroce. Je me disais : « c’est vraiment dommage qu’on lui plante une épée dans le dos, à la fin. Pauvre bête ! ». Et puis, le matador a le don de détourner ton attention au pire moment : lors de l’apuntillado, ou coup de grâce du taureau (bien qu’il soit encore vivant après tout ça). À cette époque, je croyais que seule l’estocade était problématique.
Les années ont passé, jusqu’à ce que je tombe sur une vidéo d’apuntillado. Un type dont on ne voyait que les jambes et les mains lardait la nuque d’un taureau à coups de poignard jusqu’à lui faire vomir son sang. Ce poignard, le puntillero l’a ensuite essuyé sur l’encolure du taureau ! Je n’en croyais pas mes yeux. Comment peut-on vouloir faire ça à une bête ? Le choc fut hyper rude ! J’ai eu une montée de rage. Quand elle a atteint son paroxysme, l’histoire a poppé dans ma tête. Chose assez rare, elle était entière ! J’ai ressenti un besoin viscéral d’écrire sur ce que je venais de voir, de peaufiner tout ça, puis de chercher un éditeur assez courageux pour le publier. Ma rage ne m’aura pas quitté durant ces 9 ans de quête acharnée.

Y a-t-il d’autres thèmes qui te tiennent à cœur et que tu aimes ou
aimerais défendre dans tes romans ?

J’ai écrit sur une autrice montante, atteinte du syndrome d’Ehlers-Danlos, qui sollicite sa sœur jumelle pour jouer les doublures en salons. Afin que personne ne soit au courant de son handicap.
J’ai écrit sur un adolescent transgenre (perçu femme par la société) et intersexe, jeté à la rue par ses géniteurs intersexophobes. Il joue les monstres-chanteurs dans un cirque de freaks pour survivre.
J’ai écrit sur une mère, une mumstagram, que la misère a fait exhiber sur Instagram la dépouille de sa petite fille en échange de sponsors et d’argent.
La corrida s’ajoute à mon arc.
Pour les chantiers suivants, j’ai des idées de thèmes divers et variés comme le Titanic, les vaches-hublots (tu vas croire que je fais une fixette sur les bovins. Pas du tout. C’est juste que mon idée est sacrément tordue, et j’adore ça), les zombies, la thanatopraxie… Que des thèmes joyeux (j’en planque d’autres pour garder un semblant de mystère) ! Quand ça ira mieux, je pondrai un feel-good.
J’aimerais aussi réhabiliter les courgettes. C’est bon, les courgettes, surtout en velouté. Ҫa ravira Cindy Van Wilder.


 Le mot de la fin ?


Si tu en es au Mot de la fin, Lecteur, Lectrice,c’est quetu trouves que je dis des trucs pas mal.Je te remercie de penser que je dis des trucs pas mal. Je te souhaite d’aimer ce roman, qu’il t’émeuve et te chamboule autant qu’il m’a remué à l’écriture (j’aurais dû investir chez Kleenex).  Je ne te souhaite pas d’enrager autant que moi, sinon, mon roman va rencontrer ton mur, ce qui abîmerait sa somptueuse couverture (signée Aurélien Police).
Ne jette pas mon roman contre le mur, s’il te plaît. En plus, ce serait bruyant. Il faut penser aux voisins.
En revanche, tu peux le balancer au matador. Tu sauveras des fleurs.

[Retour sur le live]

J’ignore si tu le sais, Public, mais Amélie Nothomb est présidente d’honneur du CRAC Europe, une association anti-corridas historique que je mets en scène dans mon roman.

https://www.anticorrida.com/actu/amelie-nothomb-accede-a-la-presidence-dhonneur-du-crac-europe-2/

Connaissant ses engagements en tant que fan de sa plume, l’idée m’est venue de lui envoyer Alegría. Amélie Nothomb l’a lu et l’a beaucoup apprécié. Elle m’a écrit pour me faire part de son ressenti.
Si ce n’est pas génial !

Merci encore à Amélie Nothomb pour ce moment fort en émotion.

Quand Amélie Nothomb lit ton roman

Parfois, il se passe des choses incroyables dans ta vie, comme voir ton roman lu par l’immense Amélie Nothomb. Quand cette même Amélie Nothomb fait partie de ton panthéon personnel, c’est encore plus énorme.

J’ignore si tu le sais, Public, mais Amélie Nothomb est présidente d’honneur du CRAC Europe, une association anti-corridas historique que je mets en scène dans mon roman.

https://www.anticorrida.com/actu/amelie-nothomb-accede-a-la-presidence-dhonneur-du-crac-europe-2/

Connaissant ses engagements en tant que fan de sa plume, l’idée m’est venue de lui envoyer Alegría. Amélie Nothomb l’a lu et l’a beaucoup apprécié. Elle m’a écrit pour me faire part de son ressenti.

Si ce n’est pas génial !

Merci encore à Amélie Nothomb pour ce moment fort en émotion.