Ma belle époque – Ouverture

Paris, 16 juin 1880

Très cher Père, très chère Mère,

Après maintes hésitations, je prends la plume afin de vous notifier l’échec de vos plans cruels à mon égard, vous qui, par une froide nuit de décembre, m’avez livré à la rue sans autre forme de procès, vous qui m’avez offert comme unique perspective d’y rencontrer la mort. Et pour quel motif ?
Parce que votre Louise tant adorée, votre chair, votre sang, aura hérité d’une barbe et d’une voix rauque à l’aube de son dix-septième anniversaire.
Parce que votre Louise tant adorée n’a plus rien d’une femme pour le quidam, et que le qu’en dira-t-on s’avère trop lourd à porter.
À quelque chose malheur est bon : votre fille n’a jamais été votre fille, mais votre fils. Quand je m’apprête et me coiffe en homme, je deviens invisible aux yeux de cette société qui me voit alors tel que je l’ai toujours été. Aucun limier ne m’a encore réclamé ma permission de travestissement[1]. Les choses changent quand je travaille : je suis connu sous le sobriquet de « la femme à barbe ». Mon aberration anatomique attire les foules ignares en mal de sensations. Ces idiots qui me jettent des cacahuètes en ricanant, comme si j’étais un singe, qui me sifflent et me pointent du doigt lorsqu’ils me croisent en sortie de spectacle, vous ressemblent beaucoup.
Je peux désormais assurer ma propre subsistance, et ne crains plus votre jugement, ni vos mains vengeresses. En me reniant, vous avez tourné le dos au patria potestas[2]. Cependant, je tiens à vous avertir : si vous me retrouvez, si vous tentez de me nuire d’une quelconque manière, mes camarades se feront une joie de vous tailler en pièces, et je ne m’interposerai pas.

J’en viens enfin à l’objet de cette missive : après des mois à dormir sous les ponts et à se prostituer, votre cher Louis s’est fait engager dans un cirque comme monstre-chanteur. Votre cher Louis a trouvé sa place en ce monde.

Illustration de couverture : Léa Geas

[1] Document administratif délivré par la préfecture de police, autorisant les femmes à « s’habiller en homme ». Cette ordonnance fut implicitement abrogée en janvier 2013.
[2]Expression latine signifiant « pouvoir du père ». Le pouvoir détenu par le pater familias était nommé patria potestas, « pouvoir paternel ». La loi des Douze Tables donnait au pater familias le vitae necisque potestas, c’est-à-dire le « pouvoir de vie et de mort » sur ses enfants, sa femme et ses esclaves qui étaient dits sub manu, « sous sa main ».

Heil Kitler-ouverture

Puisqu’on en parlait lors du dernier live, voilà un extrait de HEIL KITLER !, paru dans l’anthologie Sombres Félins :

5 juin 2015

Cinq jours. Voilà cinq jours que moi, Adolf Hitler, sauveur messianique de l’Allemagne, je me suis réincarné en chaton !
Je vous vois venir avec vos bons sentiments. Vous me rétorquerez sans trop de désinvolture, car vous me savez chatouilleux, que j’aurais pu tomber plus bas. Que j’aurais pu renaître en morpion. Ou, comble de l’horreur, en Juif… L’avantage du chaton, c’est que c’est attendrissant. Une vraie boule d’amour. On ne me soupçonnera de rien jusqu’au moment où je frapperai, et cela arrange mes affaires : j’ai une revanche à prendre. Puisqu’une partie de l’humanité s’est liguée contre moi, me poussant au désespoir, je l’exterminerai tout entière. Fini les races et leur hiérarchie, il n’y en a plus qu’une désormais : celle des nuisibles. Et si je dois incarner un chaton pour parvenir à mes fins, alors soit. Je m’accommoderai de cette voix de fausset et de cette longue queue qui se coince partout.
Ein Volk, ein Reich, ein Kätzchenführer[1] !
Il va falloir que je m’y fasse. Scandé comme cela, c’est moins affriolant qu’autrefois…
En parlant de l’humanité : elle est toujours aussi prévisible. Simplette. Rien n’a changé depuis mes vacances en Enfer. J’y ai pris du bon temps, profitant de cette parenthèse bienvenue pour faire autre chose que Führer : j’ai fait danser les foules en scratchant des valses polonaises. C’était la folie, tout le monde m’acclamait, moi, DJ NOCIDE… Mais je m’égare… Je disais donc que l’humanité est toujours aussi prévisible et simplette. Je l’ai constaté avec la bénévole que j’ai corrigée sitôt ouverte la porte de ma cage. Cette nuisible était une vraie pot de colle, mais surtout Juive ! Lorsqu’elle s’est penchée, l’étoile de David qui ornait son cou a glissé hors de son vêtement pour se balancer devant moi. Ma réaction ne s’est pas fait attendre : je lui ai sauté au visage, toutes griffes dehors, en visant les yeux. Il aura fallu le secours de deux volontaires pour me séparer d’elle. Bouleversée, la Jude a quitté la chatterie en pleurant, des sillons sanglants dans la peau, et on ne l’a plus revue. Bon débarras !
Là où ils sont simplets, c’est qu’ils ont mis mon attitude sur le compte de mauvais traitements que j’aurais pu subir avant mon arrivée au refuge. Ils se sont tout imaginé : négligence affective, coups, et même des tortures bien que je n’arbore aucune cicatrice. Jamais ils ne se sont interrogés sur le choix de ma cible. Quelles autres motivations que sa juiverie aurais-je pu avoir ? Cette bénévole était relativement inoffensive… D’ailleurs, que diable a-t-on fait de mes mesures anti-juives ? J’avais offert aux peuples un monde nettoyé de ce cancer, et voilà ce qu’ils en font ! Ils embauchent du nez crochu à tout va et ça pullule à nouveau ! Les Hommes ne sont pas seulement néfastes, ils sont aussi profondément idiots ! Il était temps que je revienne mettre de l’ordre dans ce chaos…
Mais s’il n’y avait que ce problème, les choses seraient bien plus simples ! Mes voisins de cellule sont des bons à rien, et assurément débiles. Ils ne pensent qu’à s’amuser et à se suspendre aux barreaux de leurs cages pour en faire le tour la tête en bas. Lorsque je tente de les convaincre du pouvoir de nuisance de l’Homme, de la nécessité de l’éradiquer, ils ne m’écoutent jamais. J’ai beau arguer que s’ils sont emprisonnés c’est de sa faute et que cela ne peut que mal se terminer puisque nous sommes ses jouets, c’est comme pisser dans un violon. Je te gazerai tout ça ! Après tout, je n’ai pas besoin d’eux pour mettre mon plan à exécution, mais de la vermine. Ma seule chance d’y parvenir est l’adoption.

*

Le grand jour est-il arrivé ? Avec l’expérience, je sais qu’il ne faut pas se réjouir trop vite, mais cela ne coûte rien d’espérer…
La porte de la chatterie s’est ouverte sur un jeune nuisible qui pénètre dans la pièce ensoleillée, une bénévole à sa suite. Taillé comme une asperge, habits colorés, tatouages sur les bras, queue de cheval et bouc aussi sombres que ses yeux : je parie qu’il est homophile ! Manifestement, mes soldats ont mal travaillé ! Celui-là sera inclus dans la prochaine purge, avec les roux parce qu’ils sont diaboliques et qu’ils empestent.
L’inverti flâne dans l’allée en détaillant chaque cage. Mes rivaux usent et abusent de pitreries et d’œillades émues dans l’espoir d’être choisis. Quant à moi, je demeure figé. Les cabrioles ne sont pas ma tasse de thé.
À chaque tentative de séduction, le nuisible répond par un sourire attendri. C’est bien joli, mais les risettes n’ont jamais libéré personne. Demandez donc aux Juifs qui ont essayé, vous verrez bien ce qu’ils en pensent… Ah ! Voilà que son regard croise le mien, puis s’écarquille : l’inverti est saisi d’un fou rire. Ma curiosité laisse place à l’agacement. Qu’est-ce qu’il lui prend ? Pourquoi se moque-t-il de moi ? Mes yeux se tournent vers la bénévole, qui s’amuse de la situation, et je la toise. Elle aussi sera incluse dans la prochaine purge…
Lorsque l’homophile recouvre son calme, il s’exclame :
« Un physique pareil, avec l’humour que j’ai… Oui, définitivement oui ! »
Il me sourit. Le cœur battant, je me demande ce que j’ai de si particulier pour être désopilant, quand la dame explique :
« C’est ce physique qui lui a valu d’être abandonné dans un carton, qu’on a trouvé dans des toilettes d’autoroute. Les kitlers[2], personne n’en veut. »
Kitlers ?! Qu’est-ce que cela ?
Un voile de tristesse passe dans les yeux de l’inverti, qui retrouve aussitôt sa bonhomie puis assène :
« Eh ben moi, je ne m’arrête pas à ça. Je le prends, votre kitler. »
Wunderbar[3]! Ma conquête du monde vient de commencer !
Je sens du soulagement chez la bénévole, qui est enfin parvenue à me caser. Elle ouvre la porte, et je la fixe en ronronnant alors qu’elle tend les mains vers moi.
« Allez, Larry. Viens ! »
Je me laisse soulever volontiers sous les regards tristes des autres chatons, puis saute dans les bras du nuisible.

Illustration de couverture : Chris Vilhelm

[1]              Un peuple, un empire, un chef chaton
[2]              Chats dont les taches évoquent une ressemblance physique avec Adolf Hitler.
[3]              Merveilleux

De l’effet des vidéos de corridas sur le mental

Aujourd’hui, Lecteur, je vais te parler d’un aspect pas cool de ce projet, mais dont on ne peut se défaire si l’on veut aller au bout des choses : le visionnage répété de vidéos de corridas, durant les phases de réécritures et de corrections. Je ne te cache pas que ça aura été sportif…

Maintenant que ce roman se dirige doucement vers sa publication, je persiste et signe à dire que c’était un mal nécessaire : qui dit fiction sur la corrida, dit description de combat, le plus fidèlement possible, et ça demande d’observer encore, et encore, et encore…

Et c’est là qu’on se marre (ou pas).

À s’en faire des orgies régulières, à voir ces animaux mugir de panique, puis vomir leur sang, t’en chiales d’impuissance et de colère. Ce cyclone émotionnel passé, tu te dis que tu aurais dû prendre des actions chez Lotus ; tu serais devenu riche !

Je parle cris et larmes, mais si tu le ne savais pas encore, le cerveau est une bestiole bien faite. Tenant à ta santé mentale, il fera tout pour t’éviter de trop gros bobos ; arrive le moment où il entre en phase de résistance en activant le blindage. Que tu le veuilles ou non, te voilà alors coupé de tes émotions. Ces vidéos, tu les étudies de façon froide, clinique, tu les dissèques telles tes grenouilles en cours de SVT. La première fois que ça t’arrive, tu te demandes ce qui se passe, si c’est une accoutumance à la chose, et tu commences à flipper.
Et si tu te mettais à te foutre des taureaux ?
De là à aimer les corridas, il n’y a plus qu’un pas…
Non mais, imagine ?

Ton roman ne s’écrivant pas tout seul, tu repars en corrections avec ces images en tête. Tu restes quelques mois sans te gaver de vidéos, puis, tu y reviens, et là…

L’état de ma rue après six mois sans visionnage

Répète ce cycle de blindage-déblindage-reblindage sur cinq ans, et tu te feras une idée des montagnes russes que furent cette conception de roman.

À présent, j’ai enfin atteint la sérénité. Même si je devais me replonger dans l’horreur durant mes corrections éditoriales, cela ne me fait plus vraiment peur. J’en aurai enfin fini avec ces centaines d’heures (au bas mot) de regardage, et ça, ça redonne du courage.

Et j’ai plus que hâte de te montrer le résultat !

AT Monstresse(s)

Ne reculant devant aucun défi, et l’appel à textes « Monstresse(s) », chez Noir d’Absinthe, me faisant de l’œil, j’ai décidé de me lancer avec pour thème les « mumstagram ». J’aurai trouvé l’inspiration chez Ashley Stock, connue sous le pseudo delittlemissmomma, qui aura photographié sa fille décédée, morbide reportage photo servi à ses fans.

En attendant les retours de bêta-lecture, je te laisse avec un morceau illustrant bien l’atmosphère du texte…

Dans le ventre d’Alegria : un travail journalistique

Passé le choc de voir un taureau torturé sous mes yeux, Fée Inspiration m’ordonna de me mettre au boulot.

J’ai d’abord couché un synopsis de travail (ou un résumé pas à pas, pour ceux du fond qui ne suivent pas), qui m’aura pris deux semaines de réalisation. De grosses modifications auront eu lieu en pleine réécriture, certaines parties disparaissant au profit d’autres pans inédits, mais il me fallait déjà savoir où j’allais, ou à peu près.

Les bases enfin posées, c’est avec le sourire que j’ai annoncé à ma pote Soph : « J’ai commencé à écrire un roman anti-corridas. Tiens, mate mon syno ! ».

Passée l’effusion de joie, et voyant vers quel type de récit je me dirigeais, elle m’a dit : « Ce roman va faire l’effet d’une bombe ! Méfie-toi des taurins, ils sont violents. »

Ah.

Au moins, j’étais au parfum…

Soph m’aura donné quelques clés pour commencer mes recherches : les sites du CRAC Europe et de la FLAC. Débuta l’initiation au jargon, aux codes du milieu, cette pléthore de vocabulaire technique… Je me souviens encore du sentiment de confusion que je ressentais en lisant la documentation, les premiers mois, de l’impression que je n’y arriverais jamais, et je reconnais que les taurins ont parfaitement raison sur un point : « la culture taurine se mérite ». J’en aurai sacrément bavé pour apprivoiser l’univers dans lequel j’allais situer mon récit.

Cette phase de documentation s’avéra un long travail d’enquête journalistique. Portant de l’attention au réalisme, j’ai lu à la fois Ernest Cœurderoy, Roger Lahana, comme Francis Wolff et Simon Casas, ainsi que des choses bien plus pointues et terre à terre, comme la thèse de doctorat vétérinaire de Marie-Laurence, Doris FERRET : « Bases anatomiques et physiologiques de la sélection et du comportement du taureau de combat ».

Les sites, articles de presse et blogs taurins ne sont pas en reste : ils m’auront permis de mieux cerner les attentes d’un taurin, son regard sur la corrida, choses préférables de creuser lorsque vos personnages principaux en sont…

Je voulais un tour d’horizon le plus complet possible. Il y eut également les à-côtés, comme des corridas télévisées, des vidéos de Fadjen (un taureau sauvé des arènes par Christophe Thomas), des reportages pro ou anti-corridas.

Plus j’avançais dans mes découvertes, et plus cet univers devenait une galerie des horreurs. Afeítado, dépeçage de taureaux encore conscients, dans l’arrière-cour des arènes, écoles taurines où des enfants apprennent à massacrer des veaux, corridas privées, manifs qui tournent mal ; « je n’ai pas été déçu du voyage », comme dirait l’autre…

En découvrant cette vidéo, les paroles de Soph ont fait sens.

Lorsqu’on prend le terrain de l’engagé, le tri des informations s’impose : concernant certaines pratiques, j’ai gardé ce qui est officiellement reconnu par le milieu taurin (administration de drogues aux taureaux, avant l’entrée dans l’arène, colmatage des oreilles des chevaux avec du papier journal mouillé,…), et aussi ce qui est volontiers montré au moyen de vidéos de ces mêmes taurins, comme l’afeítado.
Exit les aiguilles cassées insérées dans les testicules (afin d’empêcher le taureau de s’asseoir).
Exit l’essence de térébenthine badigeonnée sur les onglons, entre lesquels on aura logé des cales en bois (pour lui créer un inconfort suscitant auprès du public une impression d’animal énervé. Mais as-tu déjà marché avec des bouts de bois entre les orteils ? Tu boiterais, non ?).
Exit les sacs de sable de 100 kilos balancés sur le dos des taureaux, à répétition, pour les épuiser avant leur entrée en piste (les employés d’arènes sont-ils bodybuilders dans le civil ? Ont-ils des lombaires en titane et des bras aussi gros que des troncs d’arbre ? En supposant qu’ils soient deux à porter le sac, car il ne peut en être autrement ; 50 kilos, c’est déjà hyper lourd…).
Exit la vaseline tartinée dans les yeux des taureaux (afin de les aveugler et les désorienter).

Exit les sources trop militantes pour êtres honnêtes.

Ces animaux sont vus par les taurins comme des fauves sanguinaires ayant une haine viscérale pour l’Homme. Ce n’est ni raisonnable de les approcher au point qu’on puisse leur planter des aiguilles dans les parties, ni logique de leur engluer les mirettes : le taureau étant quasi-aveugle, il foncerait sur les gens sans les voir, ce qui le rendrait dangereux parce qu’ingérable. Et quand bien même cette mythologie morbide ne serait qu’une vaste fumisterie destinée à justifier le fait de torturer un herbivore, il faudrait tout de même donner le change, histoire que le public ne se sente pas pris pour un jambon, ce qui implique de se tenir le plus loin possible de ces animaux…

La corrida est suffisamment horrible et abjecte en soi. Inutile de verser dans la surenchère pour convaincre des gens que des images non-esthétisées convaincront, de toute manière ; il n’y a qu’à voir les réactions ulcérées des passants, lorsque les assos sont de sortie…

Restons raisonnables.

Écrivons des choses raisonnables.

Belle époque et cirques de monstres

Comme le veut la tradition : un texte sélectionné, un article de présentation de l’histoire. Cette fois, je vais te parler de Ma belle époque, écrit pour le projet d’anthologie « Belle Époque ».

L’intrigue se déroule en 1880, au commencement de cette période. Une ère pleine de promesses : quartier Latin en effervescence, nouvelles découvertes scientifiques, occultisme,… Une époque passionnante, jusqu’à ce qu’on gratte un peu. D’autres choses bien moins reluisantes se révèlent alors, comme… les freaks shows.

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Louis, un adolescent transgenre perçu femme par la société, est mis à la porte par ses géniteurs parce qu’intersexe*. Au bout de longs mois d’errance, à survivre comme il le pouvait, Louis est repéré par un étrange propriétaire de monstres humains, qui propose de l’engager. Louis devient un monstre-chanteur connu sous le sobriquet de « La femme à barbe ». Étant enfin parvenu à trouver le bonheur parce qu’accepté tel qu’il est par sa troupe, il a trouvé sa voie. Mais Louis est aussi en colère contre ses géniteurs. Un jour de juin, il leur écrit pour enfin vider son sac, puis les narguer…

Une histoire de renaissance, à découvrir en novembre prochain.

*Si tu ignores ce qu’est l’intersexuation, voilà une vidéo explicative :

Illustration de couverture : Léa Geas

Contexte particulier, inspiration particulière

« Contexte particulier, inspiration particulière » ?

C’est bien la question que je me pose au sortir de ce confinement. Alors oui, tu me diras que le contexte, personnel ou non, influence toujours, ou presque, les idées qui te viennent. Le confinement n’est qu’un cas de figure parmi d’autres. Tu passes devant une pâtisserie, tu t’arrêtes pour admirer de jolis gâteaux et, dans un laps de temps plus ou moins rapproché, tu pondras un texte sur des gâteaux (tueurs (thème principal), ou que ton personnage adore (point de détail d’un chapitre)).

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(Ou ça peut donner des idées bizarres, aussi…)


Mais là, c’est différent. Contexte particulier, inspiration particulière ; le fond et la forme se modèlent en reflétant ton état d’esprit, tandem indissociable ne se construisant pas autrement ?

Durant cette sale période, comme tout un chacun, on m’aura interdit de voir qui je voulais ; pour boustifaille avec des amis, c’est ceinture. En attendant que ça revienne à la normale, j’aurai expérimenté l’épistolaire, alors que l’épistolaire, je n’en avais jamais écrit auparavant. Cela ne me serait même jamais venu à l’idée, car je n’en lis quasiment pas.

Deux textes seront nés de cette méthode, dont l’un sera bientôt publié. Un troisième germe aura pointé le bout de son nez, une histoire de zombies où il pourrait y avoir une partie narrative, et une autre sous forme de journal. J’ignore encore comment je construirai le machin.

Tout ça me donne l’impression que je devais m’adresser au lecteur de façon plus directe, transformer cette solitude imposée en quelque chose de moins pesant. Pour ce qui est du projet zombie, ce monde a beau en grouiller, mes personnages, eux, peuvent se promener à leur guise, et surtout, voir qui ils veulent (sous réserve que leurs fréquentations soient toujours entières)…

Et toi, Lecteur de ce blog ? Si tu écris, as-tu changé de méthode durant cette période ?

AT Belle Époque : verdict

La nouvelle vient de tomber, je fais donc partie des sélectionnés pour l’anthologie Belle Époque, aux éditions Luciférines.

De quoi ça parle ?

Eh bien…

Expériences à l’éther et absinthe, exhibitions de freaks, fêtes foraines, cabarets, androgynes, voyous de Belleville, émergence d’une classe populaire citadine, affaires criminelles portées en spectacle, débuts de la psychiatrie, fascination pour l’anthropologie mais aussi l’occultisme ; à partir des années 1870, les auteurs se passionnent pour tous les sujets sulfureux. Plongerez-vous avec nous dans cette Histoire décalée de France ?

Illustration de couverture : Léa Geas

Genèse du roman, ou comment se retrouver à écrire sur la corrida

Parfois, certaines idées surgissent d’un coup, concepts clés en main prêts à écrire. C’est ce qui s’est passé en novembre 2012, lorsqu’en à peine dix secondes, j’ai vu toute la vie de mon personnage défiler sous mes yeux ; c’est un peu comme se prendre la lunette de chiottes de la station MIR en pleine poire, alors qu’on traversait gentiment la rue (toute allusion à Dead like me serait parfaitement volontaire).

Rembobinons le film. Retour vers le passé, destination 2012.

Cette nuit-là, en proie à l’ennui, je traînais sur Facebook lorsqu’est apparue une vidéo sur mon mur : « Taureau torturé ». Ni une, ni deux, j’ai cliqué sur le lien en me demandant ce que c’était que ça ; jamais la notion d’« enfer sur Terre » n’aura été aussi vive qu’en cet instant…
J’avais devant les yeux un taureau étendu sur du sable, cadré jusqu’à l’encolure. Il râlait, haletait, comme s’il cherchait de l’air. Soudain, une paire de mollets gainée de collants mauves est entrée dans le champ, est passée derrière lui, puis, une main armée d’un poignard l’a frappé à la nuque. Encore.
Et encore.
Et encore.
Le bovin a redressé le nez, puis hurlé à la mort, les yeux exorbités de douleur et de terreur. En s’ouvrant, sa gueule a déversé un flot de sang, et sa langue a frôlé le sable.  
J’en restais bouche bée. Je refusais d’y croire. On ne peut pas vouloir faire ça à un animal, pas sans avoir un flingue sur la tempe. C’était impossible !
Alors, j’ai compris ce dont il s’agissait vraiment : d’une corrida. J’apprendrai par la suite que dans ces « spectacles », on achève les taureaux de cette manière (ou du moins, on essaye…), en sectionnant le bulbe rachidien afin de provoquer une paralysie générale, et que ça porte un nom : l’apuntillado. J’avais vu une corrida, enfant, j’en avais gardé un souvenir exécrable. Je ne me souvenais pas de ce moment, car pendant qu’ils s’acharnaient sur le taureau, j’avais les yeux braqués sur le matador qui paradait fièrement sous les applaudissements…
Ma stupeur a laissé place à une crise de tremblements ; la rage s’en est mêlée très vite, elle est montée, montée… Lorsqu’elle est devenue ingérable, un personnage m’est apparu, ainsi que toute sa vie, et une subite envie d’écrire m’aura permis de canaliser tout ça.

Bruno García était né.

E que s’apelerio…

ALEGRÍA

Comme le laisse deviner ce gif, Alegría, en espagnol, signifie « joie ». Mais quelle idée m’est donc passée par la tête de nommer un tel livre de la sorte ? Ce roman serait-il pro-corridas ?

Tu n’y es pas du tout. Ouvrons donc un lexique taurin.

Entre autres termes techniques, y figure « alegria », qui signifie : Taureau dont la charge répond à la moindre sollicitation.

Le festif et la mort, à l’image de la corrida ; ce titre en clair-obscur en devient ironique.

AT Belle époque

Et c’est reparti pour un tour !

Me voilà à écrire pour l’appel à textes « Belle époque », des éditions Luciférines.

Je ne suis pas vraiment rétro, d’habitude, mais si c’est pour parler exhibitions de « monstres » et intersexuation, eh bien… ça me va. J’ai toujours trouvé ça malsain au possible : on se faisait du fric sur le dos de personnes mises au rebut par une société ignorante, dont la science se trouvait incapable d’expliquer le handicap et les variations anatomiques. Condamné(e)s à la misère, les concerné(e)s n’avaient souvent pas d’autre choix que de finir dans ces endroits dont l’éthique se situait sous le niveau de la mer…

Sur ce, je pars corriger. Je te laisse avec une jolie petite musique…