



Aujourd’hui, Public, on va parler influences plus ou moins conscientes, de celles qui font qu’Alegría est devenu ce qu’il est.
Comme tu dois t’en douter, sauf à vivre dans une grotte, on est tous imprégnés de qu’on voit, lit ou entend. Ce roman n’échappe pas à la règle. On va donc faire le tour de ces références.
1/ L’homme qui murmurait à l’oreille des chevaux.
Aucun rapport avec la corrida, a priori (hormis les chevaux) ?
Le roman s’ouvre sur un rêve très similaire.
2/ Graine de toreros, Rodilhan, 2011
Pour Bruno, c’est là où tout bascule. Tu l’auras compris, j’ai fait une reconstitution de cet événement qui restera dans les mémoires.
3/ Eugene Victor Tooms
Parce que les références de Bruno sont aussi les miennes. Voilà à quel personnage il songe en étant au plus mal.
4/ Le loup-garou de Londres
Une des plus belles métamorphoses du cinéma. J’ai mal pour lui !
5/ La peau sur les os, Stephen King
Je m’en serai rendu compte bien après l’écriture du premier jet. Le concept est similaire, mais la ressemblance s’arrête là.
Voilà, Public, tu sais tout. Je t’en aurais bien donné plus, mais ce serait prendre le risque de spoiler le roman.
On va donc rester sur ces quelques références.



J’ignore si tu le sais, Public, mais Amélie Nothomb est présidente d’honneur du CRAC Europe, une association anti-corridas historique que je mets en scène dans mon roman.
https://www.anticorrida.com/actu/amelie-nothomb-accede-a-la-presidence-dhonneur-du-crac-europe-2/
Connaissant ses engagements en tant que fan de sa plume, l’idée m’est venue de lui envoyer Alegría. Amélie Nothomb l’a lu et l’a beaucoup apprécié. Elle m’a écrit pour me faire part de son ressenti.
Si ce n’est pas génial !
Merci encore à Amélie Nothomb pour ce moment fort en émotion.


Pendant ce temps, toute l’équipe se prépare pour vendredi







Tu as eu vent d’une interview sur mon roman, mais tu ne la trouves pas ? Elle est dispo dans la newsletter de février de Livr’S Editions (go t’abonner !).
L’interview reviendra sur le blog, début mars. Reste branché !



Quand tu teases ton interview avec une courgette






Quand tu dis à ta relectrice que ton roman fait pleurer ceux/celles qui l’ont découvert en interne, elle te prend au mot et voilà ce que ça donne. C’est mi-gnon ! =D



Aujourd’hui, Lecteur, on va parler de notre antihéros, Bruno García. Le premier rôle, celui qui porte l’histoire.
Aujourd’hui, c’est dissection.
Tu connais le dicton : Rome ne s’est pas faite en un jour. Bruno non plus. Premier jet oblige, il était à l’image du récit : un peu brouillon. Un peu… basique. Bruno vivait corrida, mangeait corrida, respirait corrida.
Un cliché sur pattes, car obsessionnel au possible. Il n’y avait pas que Tinou qui était son fils, sa bataille. La corrida aussi.
Puis, les corrections sont arrivées.
Plus l’histoire se creusait au fil des scènes, et plus Bruno gagnait en consistance. Les tendances déjà présentes se développaient, d’autres apparaissaient au fur et à mesure que naissaient des chapitres. Tel un aigle royal, Bruno déployait ses ailes.
Maintenant que l’œuvre est figée dans sa forme définitive, je peux te parler avec exactitude de ce personnage.
Bruno est un ancien commercial dépressif de 37 ans. La haine de soi l’aura mené au surinvestissement de son travail, qu’il détestait, puis au burnout. Le maigre reste à vivre de ses allocations, il le passe dans l’achat de billets de spectacles. Car la corrida est son univers-refuge, son doudou. Il ne faut surtout pas y toucher, sinon il devient sanguin.
Un type comme il en existe tant.
Bruno a une forte sensibilité de gauche ; le capitalisme, le classisme, le racisme, ça le met hors de lui. Cependant, il est aussi psychophobe, grossophobe, homophobe. Ça se devine dans les insultes et autres termes inappropriés, voire dégradants, qu’il emploie. Le progrès humain, OK, mais juste pour nous, les hommes minces, valides et hétéros… Il prétend aussi respecter les femmes. Il y croit dur comme fer. Mais lorsqu’elles lui tiennent tête, ce respect passe à la trappe. Elles deviennent l’ennemi. Il ne les aime que si elles sont gentilles et qu’elles ne le vexent pas. Ainsi, Bruno ne voit aucun mal à ce qu’on les insulte, à ce qu’on les batte. Et à ce qu’on les agresse sexuellement.
Un type comme il en existe tant.
Bruno aime son fils plus que sa propre vie. Il ferait n’importe quoi pour lui, il mourrait pour lui s’il le fallait. C’est un vrai papa-gâteau, à l’écoute et affectueux. Il déteste le faire souffrir, mais n’hésite pas à forcer ses goûts afin d’en faire un taurin. Tant pis pour les larmes et les traumas.
Un type comme il en existe tant.
Bruno adore la corrida. C’est légal, les antis, il les emmerde ; personne ne les force à aimer ça. Et puisque c’est légal, c’est donc moral. Et éthique : torturer à mort plus faible que soi pour amuser la galerie, c’est profondément juste.
Un type comme il en existe tant.
Bruno n’est ni un nazi, ni un dégénéré, ni un psychopathe, ou que sais-je encore. Il est sain d’esprit et sait très bien ce qu’il va voir. Il est donc responsable de ses actes.
Si tu cherches un texte-défouloir gratuit à souhait, tu as frappé à la mauvaise porte. Les travers des aficionados (violence envers leurs opposants, misogynie crasse) sont certes pointés du doigt, mais ça ne représente qu’une petite partie du récit.
Le sujet de ce roman est l’horreur de la corrida, et le restera.
Qui dit premier roman dit format plus long qu’une nouvelle (en plus d’un travail bien plus conséquent). Ça signifie aussi : nouvelles expériences. Le genre d’expérience dont on entend régulièrement parler, mais qu’il faut vivre pour comprendre.
Lecteur, j’ai testé pour toi…… *roulements de tambour* le baby-blues du romancier.
Rembobinons la cassette, veux-tu ?
Retour fin 2012. J’entame ma gestation d’Alegría, tout feu tout flamme.
Six réécritures étalées sur plusieurs années furent nécessaires (je me collais une pression inouïe tant je visais la perfection. Le rythme en pâtissait, ça n’allait jamais : c’était comme enfoncer l’accélérateur après avoir mis le frein à main, ça sentait trop la retenue). Lorsqu’en 2016, je tins enfin le bon bout après avoir tout récrit en deux semaines, je m’embarquai dans 11 mois de corrections à temps plein (entre 10 et 14h/ jour, 7/7). À ce train-là, incapable que j’étais de prendre des pauses parce que culpabilisant de ne rien faire, tu imagines bien qu’au bout d’un moment, j’ai calé. Deux mois de passage à vide, ce qui nous ramène à 9 mois sur cette période.
Il y a donc eu des jours avec. Et des jours sans.
Quand j’achevai enfin ce roman, je partis pour deux ans et demi de quête éditoriale, pour enfin trouver ma maison d’édition : Livr’S. Covid oblige, le temps s’est étiré. On aura mis un an à lancer la machine. Lorsque Laure-Anne arriva, elle marqua le début de la délivrance.
Nous corrigeâmes le texte encore et encore, dernière ligne droite intensive.
Lorsque je rendis enfin copie en novembre, la vue floue et fatiguée, on m’annonça que c’était terminé.
Après dix relectures intégrales, j’en sortais.
Sur le moment, cette annonce ne me fit ni chaud ni froid. J’accueillis cette info et la classai quelque part dans mon cerveau. Le lendemain, je tombai en déprime (sans savoir pourquoi), mal-être qui ne se dissipa que deux semaines plus tard (sans trop savoir comment non plus).
Cette étape franchie, me voilà en route pour d’autres aventures. Comme tout auteur, si je détestais souffrir, j’arrêterais d’écrire pour faire autre chose (un puzzle ? Ou du tricot ?)
Et toi, Lecteur-auteur ? As-tu connu le baby-blues du romancier ? Comment as-tu géré la chose ? Se répète-t-elle à chaque achèvement ?
Quand tes corrections éditoriales sont finies !

Corrections de qui ? De quoi ? Début de réponse ici : https://alexmauri.pro/2020/03/10/on-sactive-en-cuisines-quelques-news-de-projet-secret/