Au commencement, il y avait un personnage : Bruno

Aujourd’hui, Lecteur, on va parler de notre antihéros, Bruno García. Le premier rôle, celui qui porte l’histoire.

Aujourd’hui, c’est dissection.

Tu connais le dicton : Rome ne s’est pas faite en un jour. Bruno non plus. Premier jet oblige, il était à l’image du récit : un peu brouillon. Un peu… basique. Bruno vivait corrida, mangeait corrida, respirait corrida.
Un cliché sur pattes, car obsessionnel au possible. Il n’y avait pas que Tinou qui était son fils, sa bataille. La corrida aussi.

Puis, les corrections sont arrivées.

Plus l’histoire se creusait au fil des scènes, et plus Bruno gagnait en consistance. Les tendances déjà présentes se développaient, d’autres apparaissaient au fur et à mesure que naissaient des chapitres. Tel un aigle royal, Bruno déployait ses ailes.

Maintenant que l’œuvre est figée dans sa forme définitive, je peux te parler avec exactitude de ce personnage.

Bruno est un ancien commercial dépressif de 37 ans. La haine de soi l’aura mené au surinvestissement de son travail, qu’il détestait, puis au burnout. Le maigre reste à vivre de ses allocations, il le passe dans l’achat de billets de spectacles. Car la corrida est son univers-refuge, son doudou. Il ne faut surtout pas y toucher, sinon il devient sanguin.

Un type comme il en existe tant.

Bruno a une forte sensibilité de gauche ; le capitalisme, le classisme, le racisme, ça le met hors de lui. Cependant, il est aussi psychophobe, grossophobe, homophobe. Ça se devine dans les insultes et autres termes inappropriés, voire dégradants, qu’il emploie. Le progrès humain, OK, mais juste pour nous, les hommes minces, valides et hétéros… Il prétend aussi respecter les femmes. Il y croit dur comme fer. Mais lorsqu’elles lui tiennent tête, ce respect passe à la trappe. Elles deviennent l’ennemi. Il ne les aime que si elles sont gentilles et qu’elles ne le vexent pas. Ainsi, Bruno ne voit aucun mal à ce qu’on les insulte, à ce qu’on les batte. Et à ce qu’on les agresse sexuellement.

Un type comme il en existe tant.

Bruno aime son fils plus que sa propre vie. Il ferait n’importe quoi pour lui, il mourrait pour lui s’il le fallait. C’est un vrai papa-gâteau, à l’écoute et affectueux. Il déteste le faire souffrir, mais n’hésite pas à forcer ses goûts afin d’en faire un taurin. Tant pis pour les larmes et les traumas.

Un type comme il en existe tant.

Bruno adore la corrida. C’est légal, les antis, il les emmerde ; personne ne les force à aimer ça. Et puisque c’est légal, c’est donc moral. Et éthique : torturer à mort plus faible que soi pour amuser la galerie, c’est profondément juste.

Un type comme il en existe tant.


Bruno n’est ni un nazi, ni un dégénéré, ni un psychopathe, ou que sais-je encore. Il est sain d’esprit et sait très bien ce qu’il va voir. Il est donc responsable de ses actes.
Si tu cherches un texte-défouloir gratuit à souhait, tu as frappé à la mauvaise porte. Les travers des aficionados (violence envers leurs opposants, misogynie crasse) sont certes pointés du doigt, mais ça ne représente qu’une petite partie du récit.

Le sujet de ce roman est l’horreur de la corrida, et le restera.