





Quand tu dis à ta relectrice que ton roman fait pleurer ceux/celles qui l’ont découvert en interne, elle te prend au mot et voilà ce que ça donne. C’est mi-gnon ! =D


Aujourd’hui, Lecteur, je vais te parler d’un aspect pas cool de ce projet, mais dont on ne peut se défaire si l’on veut aller au bout des choses : le visionnage répété de vidéos de corridas, durant les phases de réécritures et de corrections. Je ne te cache pas que ça aura été sportif…
Maintenant que ce roman se dirige doucement vers sa publication, je persiste et signe à dire que c’était un mal nécessaire : qui dit fiction sur la corrida, dit description de combat, le plus fidèlement possible, et ça demande d’observer encore, et encore, et encore…
Et c’est là qu’on se marre (ou pas).
À s’en faire des orgies régulières, à voir ces animaux mugir de panique, puis vomir leur sang, t’en chiales d’impuissance et de colère. Ce cyclone émotionnel passé, tu te dis que tu aurais dû prendre des actions chez Lotus ; tu serais devenu riche !
Je parle cris et larmes, mais si tu le ne savais pas encore, le cerveau est une bestiole bien faite. Tenant à ta santé mentale, il fera tout pour t’éviter de trop gros bobos ; arrive le moment où il entre en phase de résistance en activant le blindage. Que tu le veuilles ou non, te voilà alors coupé de tes émotions. Ces vidéos, tu les étudies de façon froide, clinique, tu les dissèques telles tes grenouilles en cours de SVT. La première fois que ça t’arrive, tu te demandes ce qui se passe, si c’est une accoutumance à la chose, et tu commences à flipper.
Et si tu te mettais à te foutre des taureaux ?
De là à aimer les corridas, il n’y a plus qu’un pas…
Non mais, imagine ?
Ton roman ne s’écrivant pas tout seul, tu repars en corrections avec ces images en tête. Tu restes quelques mois sans te gaver de vidéos, puis, tu y reviens, et là…
Répète ce cycle de blindage-déblindage-reblindage sur cinq ans, et tu te feras une idée des montagnes russes que furent cette conception de roman.
À présent, j’ai enfin atteint la sérénité. Même si je devais me replonger dans l’horreur durant mes corrections éditoriales, cela ne me fait plus vraiment peur. J’en aurai enfin fini avec ces centaines d’heures (au bas mot) de regardage, et ça, ça redonne du courage.
Et j’ai plus que hâte de te montrer le résultat !
Passé le choc de voir un taureau torturé sous mes yeux, Fée Inspiration m’ordonna de me mettre au boulot.
J’ai d’abord couché un synopsis de travail (ou un résumé pas à pas, pour ceux du fond qui ne suivent pas), qui m’aura pris deux semaines de réalisation. De grosses modifications auront eu lieu en pleine réécriture, certaines parties disparaissant au profit d’autres pans inédits, mais il me fallait déjà savoir où j’allais, ou à peu près.
Les bases enfin posées, c’est avec le sourire que j’ai annoncé à ma pote Soph : « J’ai commencé à écrire un roman anti-corridas. Tiens, mate mon syno ! ».
Passée l’effusion de joie, et voyant vers quel type de récit je me dirigeais, elle m’a dit : « Ce roman va faire l’effet d’une bombe ! Méfie-toi des taurins, ils sont violents. »
Ah.
Au moins, j’étais au parfum…
Soph m’aura donné quelques clés pour commencer mes recherches : les sites du CRAC Europe et de la FLAC. Débuta l’initiation au jargon, aux codes du milieu, cette pléthore de vocabulaire technique… Je me souviens encore du sentiment de confusion que je ressentais en lisant la documentation, les premiers mois, de l’impression que je n’y arriverais jamais, et je reconnais que les taurins ont parfaitement raison sur un point : « la culture taurine se mérite ». J’en aurai sacrément bavé pour apprivoiser l’univers dans lequel j’allais situer mon récit.
Cette phase de documentation s’avéra un long travail d’enquête journalistique. Portant de l’attention au réalisme, j’ai lu à la fois Ernest Cœurderoy, Roger Lahana, comme Francis Wolff et Simon Casas, ainsi que des choses bien plus pointues et terre à terre, comme la thèse de doctorat vétérinaire de Marie-Laurence, Doris FERRET : « Bases anatomiques et physiologiques de la sélection et du comportement du taureau de combat ».
Les sites, articles de presse et blogs taurins ne sont pas en reste : ils m’auront permis de mieux cerner les attentes d’un taurin, son regard sur la corrida, choses préférables de creuser lorsque vos personnages principaux en sont…
Je voulais un tour d’horizon le plus complet possible. Il y eut également les à-côtés, comme des corridas télévisées, des vidéos de Fadjen (un taureau sauvé des arènes par Christophe Thomas), des reportages pro ou anti-corridas.
Plus j’avançais dans mes découvertes, et plus cet univers devenait une galerie des horreurs. Afeítado, dépeçage de taureaux encore conscients, dans l’arrière-cour des arènes, écoles taurines où des enfants apprennent à massacrer des veaux, corridas privées, manifs qui tournent mal ; « je n’ai pas été déçu du voyage », comme dirait l’autre…
En découvrant cette vidéo, les paroles de Soph ont fait sens.
Lorsqu’on prend le terrain de l’engagé, le tri des informations s’impose : concernant certaines pratiques, j’ai gardé ce qui est officiellement reconnu par le milieu taurin (administration de drogues aux taureaux, avant l’entrée dans l’arène, colmatage des oreilles des chevaux avec du papier journal mouillé,…), et aussi ce qui est volontiers montré au moyen de vidéos de ces mêmes taurins, comme l’afeítado.
Exit les aiguilles cassées insérées dans les testicules (afin d’empêcher le taureau de s’asseoir).
Exit l’essence de térébenthine badigeonnée sur les onglons, entre lesquels on aura logé des cales en bois (pour lui créer un inconfort suscitant auprès du public une impression d’animal énervé. Mais as-tu déjà marché avec des bouts de bois entre les orteils ? Tu boiterais, non ?).
Exit les sacs de sable de 100 kilos balancés sur le dos des taureaux, à répétition, pour les épuiser avant leur entrée en piste (les employés d’arènes sont-ils bodybuilders dans le civil ? Ont-ils des lombaires en titane et des bras aussi gros que des troncs d’arbre ? En supposant qu’ils soient deux à porter le sac, car il ne peut en être autrement ; 50 kilos, c’est déjà hyper lourd…).
Exit la vaseline tartinée dans les yeux des taureaux (afin de les aveugler et les désorienter).
Exit les sources trop militantes pour êtres honnêtes.
Ces animaux sont vus par les taurins comme des fauves sanguinaires ayant une haine viscérale pour l’Homme. Ce n’est ni raisonnable de les approcher au point qu’on puisse leur planter des aiguilles dans les parties, ni logique de leur engluer les mirettes : le taureau étant quasi-aveugle, il foncerait sur les gens sans les voir, ce qui le rendrait dangereux parce qu’ingérable. Et quand bien même cette mythologie morbide ne serait qu’une vaste fumisterie destinée à justifier le fait de torturer un herbivore, il faudrait tout de même donner le change, histoire que le public ne se sente pas pris pour un jambon, ce qui implique de se tenir le plus loin possible de ces animaux…
La corrida est suffisamment horrible et abjecte en soi. Inutile de verser dans la surenchère pour convaincre des gens que des images non-esthétisées convaincront, de toute manière ; il n’y a qu’à voir les réactions ulcérées des passants, lorsque les assos sont de sortie…
Restons raisonnables.
Écrivons des choses raisonnables.
Parfois, certaines idées surgissent d’un coup, concepts clés en main prêts à écrire. C’est ce qui s’est passé en novembre 2012, lorsqu’en à peine dix secondes, j’ai vu toute la vie de mon personnage défiler sous mes yeux ; c’est un peu comme se prendre la lunette de chiottes de la station MIR en pleine poire, alors qu’on traversait gentiment la rue (toute allusion à Dead like me serait parfaitement volontaire).
Rembobinons le film. Retour vers le passé, destination 2012.
Cette nuit-là, en proie à l’ennui, je traînais sur Facebook lorsqu’est apparue une vidéo sur mon mur : « Taureau torturé ». Ni une, ni deux, j’ai cliqué sur le lien en me demandant ce que c’était que ça ; jamais la notion d’« enfer sur Terre » n’aura été aussi vive qu’en cet instant…
J’avais devant les yeux un taureau étendu sur du sable, cadré jusqu’à l’encolure. Il râlait, haletait, comme s’il cherchait de l’air. Soudain, une paire de mollets gainée de collants mauves est entrée dans le champ, est passée derrière lui, puis, une main armée d’un poignard l’a frappé à la nuque. Encore.
Et encore.
Et encore.
Le bovin a redressé le nez, puis hurlé à la mort, les yeux exorbités de douleur et de terreur. En s’ouvrant, sa gueule a déversé un flot de sang, et sa langue a frôlé le sable.
J’en restais bouche bée. Je refusais d’y croire. On ne peut pas vouloir faire ça à un animal, pas sans avoir un flingue sur la tempe. C’était impossible !
Alors, j’ai compris ce dont il s’agissait vraiment : d’une corrida. J’apprendrai par la suite que dans ces « spectacles », on achève les taureaux de cette manière (ou du moins, on essaye…), en sectionnant le bulbe rachidien afin de provoquer une paralysie générale, et que ça porte un nom : l’apuntillado. J’avais vu une corrida, enfant, j’en avais gardé un souvenir exécrable. Je ne me souvenais pas de ce moment, car pendant qu’ils s’acharnaient sur le taureau, j’avais les yeux braqués sur le matador qui paradait fièrement sous les applaudissements…
Ma stupeur a laissé place à une crise de tremblements ; la rage s’en est mêlée très vite, elle est montée, montée… Lorsqu’elle est devenue ingérable, un personnage m’est apparu, ainsi que toute sa vie, et une subite envie d’écrire m’aura permis de canaliser tout ça.
Bruno García était né.
J’en avais parlé il y a quelques mois (eh oui, déjà !) : un roman est en préparation. À ce jour, aucune date de publication n’a encore été fixée, les infos seront donc lâchées au fur et à mesure.
Ce roman, aussi court que cinglant, sera publié dans une maison petite par la taille, grande par le courage. C’est que le sujet est quelque peu… explosif.
Voilà, c’est dit : un jour, je vais te parler corrida. À en juger par mon choix photographique, on déduira que ce ne sera pas joli-joli, sinon, j’aurais montré un taureau pimpant et souriant, dont le flanc ne s’est pas changé en porte-sabre (mais quelle idée ? Il n’est pas des plus pratiques à ranger, surtout si tu vis dans 10m2…)…
En attendant d’en parler plus en détail, je te laisse avec une petite chanson.
Stay tuned !